Une garde à vue dure 24 heures au maximum. Le procureur de la République peut la prolonger une fois de 24 heures, soit 48 heures au total, si l'infraction reprochée est punie d'au moins un an d'emprisonnement. Seules certaines infractions permettent d'aller au-delà : 96 heures en matière de criminalité organisée et de trafic de stupéfiants, 144 heures en matière de terrorisme lorsqu'une action est jugée imminente.
Ce sont des plafonds. Les enquêteurs ne sont jamais tenus d'aller jusqu'au bout du délai, et la mesure doit être levée dès qu'elle n'est plus nécessaire.
Cet article concerne la garde à vue des majeurs. Les règles applicables aux mineurs, plus protectrices, sont présentées dans l'article consacré à la garde à vue d'un mineur.
À partir de quand le délai court-il ?
Le délai ne part ni de l'arrivée au commissariat, ni de la notification des droits. Il court à partir du moment où la personne a été privée de liberté, c'est-à-dire en général de l'heure de l'interpellation. Le temps passé en vérification d'identité, en dépistage d'alcool ou de stupéfiants ou en cellule de dégrisement est déduit de la durée de la garde à vue. Si la personne a déjà été placée en garde à vue pour les mêmes faits, la durée de la première mesure s'impute sur la seconde (article 63 du code de procédure pénale).
La différence n'est pas théorique. Une personne interpellée chez elle à 6 heures, au moment d'une perquisition, peut n'arriver au service qu'en fin de matinée : son délai de 24 heures a pourtant commencé à 6 heures. L'heure de début figure sur les procès-verbaux et l'avocat la contrôle, car une garde à vue maintenue au-delà de la durée légale est une privation de liberté irrégulière.
La durée initiale : 24 heures
Une personne ne peut être placée en garde à vue que s'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d'emprisonnement. La mesure doit en outre être l'unique moyen d'atteindre au moins l'un des objectifs fixés par l'article 62-2 du code de procédure pénale : mener les investigations qui exigent la présence de la personne, garantir sa présentation au procureur, empêcher la disparition des preuves, les pressions sur les témoins ou les victimes, la concertation avec d'éventuels complices, ou faire cesser l'infraction.
Le procureur de la République est informé dès le début de la mesure et la contrôle. La garde à vue dure 24 heures au plus, et nombre de gardes à vue pour des faits simples prennent fin bien avant, une fois les auditions et les vérifications terminées.
La prolongation jusqu'à 48 heures
À l'issue des 24 premières heures, la garde à vue peut être prolongée de 24 heures sur autorisation écrite et motivée du procureur de la République, ou du juge d'instruction lorsqu'une information judiciaire est ouverte. Deux conditions doivent être réunies : l'infraction doit être punie d'au moins un an d'emprisonnement, et la prolongation doit rester l'unique moyen d'atteindre l'un des objectifs de l'article 62-2. Le magistrat peut exiger que la personne lui soit présentée avant de statuer, au besoin par visioconférence, mais il n'y est pas obligé.
La prolongation ouvre de nouveaux droits : la personne peut s'entretenir à nouveau pendant 30 minutes avec son avocat dès le début de la prolongation et demander à être examinée une seconde fois par un médecin.
Les régimes dérogatoires : 96 et 144 heures
Pour les infractions de criminalité et de délinquance organisées énumérées à l'article 706-73 du code de procédure pénale, notamment le trafic de stupéfiants, le meurtre ou l'enlèvement en bande organisée, la traite des êtres humains et le proxénétisme aggravé, la garde à vue peut durer jusqu'à 96 heures (article 706-88). Passé 48 heures, elle peut être prolongée soit une fois pour 48 heures, soit deux fois pour 24 heures. La décision appartient au juge des libertés et de la détention pendant l'enquête, au juge d'instruction lorsqu'une information est ouverte, et la personne doit en principe lui être présentée avant qu'il ne statue.
Depuis la loi du 20 août 2026, ce régime s'applique aussi au crime d'escroquerie en bande organisée commis au préjudice d'organismes publics ou sociaux. Le délit d'escroquerie en bande organisée reste soumis au régime ordinaire : voir notre page sur l'escroquerie en bande organisée.
La loi du 13 juin 2025 contre le narcotrafic a ajouté un cas particulier : dans les outre-mer, la garde à vue des personnes soupçonnées de transporter des stupéfiants in corpore, les « mules », peut être portée jusqu'à 120 heures.
En matière de terrorisme, le même régime de 96 heures s'applique. Il peut être prolongé, à titre exceptionnel, par deux périodes supplémentaires de 24 heures, soit 144 heures au total, lorsqu'il existe un risque sérieux d'action terroriste imminente en France ou à l'étranger, ou lorsque les nécessités de la coopération internationale l'exigent impérativement (article 706-88-1). Cette décision relève du juge des libertés et de la détention.
| Situation | Durée maximale | Qui autorise la prolongation |
|---|---|---|
| Délit puni de moins d'un an d'emprisonnement | 24 h | Pas de prolongation possible |
| Crime ou délit puni d'au moins un an | 48 h | Procureur de la République ou juge d'instruction |
| Criminalité organisée, trafic de stupéfiants (art. 706-73) | 96 h | Juge des libertés et de la détention ou juge d'instruction |
| Transport de stupéfiants in corpore, outre-mer | 120 h | Juge des libertés et de la détention |
| Terrorisme, en cas de risque d'action imminente | 144 h | Juge des libertés et de la détention |
Et après la garde à vue ?
À la fin de la mesure, la personne est soit remise en liberté, avec ou sans convocation ultérieure devant le tribunal, soit déférée, c'est-à-dire conduite devant le procureur de la République ou le juge d'instruction. Le déferrement doit avoir lieu le jour même ; à défaut, la personne peut être retenue dans les locaux du tribunal pendant 20 heures au plus après la fin de la garde à vue (article 803-3 du code de procédure pénale). Une garde à vue de 48 heures suivie d'un déferrement peut ainsi représenter près de trois jours avant le passage devant un magistrat, qui décide alors des suites : comparution immédiate, convocation, ouverture d'une information judiciaire.
La remise en liberté peut intervenir à toute heure, y compris la nuit ou le week-end. Ce qui se passe ensuite est détaillé dans l'article sur la remise en liberté après une garde à vue.
Les proches, eux, ne sont pas tenus informés de l'évolution de la mesure. La personne gardée à vue peut faire prévenir la personne de son choix au début de la garde à vue, mais rien n'impose d'avertir la famille d'une prolongation. Pour savoir où se trouve un proche et comment le joindre, voir comment savoir si quelqu'un est en garde à vue.
Le rôle de l'avocat pendant ces heures
La personne gardée à vue peut demander l'assistance d'un avocat dès le début de la mesure, s'entretenir avec lui pendant 30 minutes et être assistée lors de ses auditions. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2024, si l'avocat choisi ne peut se présenter dans les deux heures, il est fait appel à un avocat commis d'office, et l'audition sans avocat suppose en principe une renonciation expresse de la personne.
Sur la question de la durée, l'avocat vérifie l'heure de début retenue, la régularité de chaque prolongation et le respect des conditions de l'article 62-2. Il peut consigner ses observations écrites, qui sont versées à la procédure et pourront être reprises devant la juridiction de jugement.
Maître Marilou Lepage, avocate pénaliste à Paris, intervient en garde à vue à Paris et dans les Yvelines, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. Elle s'entretient avec la personne gardée à vue dès son arrivée au commissariat, la prépare à ses auditions et l'assiste pendant toute la mesure. Le cabinet est joignable au 06 02 08 53 79 ou à cabinet@mariloulepage.fr ; le premier échange téléphonique est gratuit. Voir aussi la page avocat garde à vue à Paris.
Questions fréquentes
Une garde à vue peut-elle durer moins de 24 heures ?
Oui. Les 24 heures sont un maximum. La garde à vue prend fin dès que les investigations qui la justifiaient sont terminées ou que le procureur décide de la lever.
La garde à vue peut-elle être prolongée sans que la personne voie un magistrat ?
En droit commun, oui : le procureur peut autoriser la prolongation à 48 heures sur dossier. Dans les régimes dérogatoires, au-delà de 48 heures, la personne doit en principe être présentée au juge qui statue.
Que se passe-t-il si la durée légale est dépassée ?
Le maintien en garde à vue au-delà du délai légal est irrégulier. La défense peut alors demander l'annulation de la mesure et des actes qui en découlent, notamment des déclarations recueillies hors délai.
Combien de temps entre la fin de la garde à vue et le passage devant le juge ?
Si la personne est déférée, elle doit être présentée au magistrat le jour même ou, au plus tard, dans les 20 heures suivant la fin de la garde à vue.
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