Poursuivi pour banqueroute : distinguer l'échec de l'entreprise et la fraude

    Votre société a été placée en liquidation judiciaire. Le liquidateur vous reproche la disparition de matériel, une comptabilité incomplète, des paiements effectués juste avant le jugement. Quelques mois plus tard, une convocation de la police judiciaire arrive. Après l'épreuve de la défaillance de l'entreprise, la banqueroute ajoute le risque d'une condamnation pénale. Me Marilou Lepage, avocate pénaliste à Paris, défend les dirigeants, commerçants, artisans et professionnels poursuivis pour banqueroute. Faire appel à un avocat en banqueroute dès les premières accusations du mandataire judiciaire permet de distinguer clairement les erreurs de gestion, qui ne sont pas pénales, des agissements frauduleux reprochés. Cette pratique s'inscrit dans son activité en droit pénal des affaires.

    La banqueroute en bref

    La banqueroute est prévue par les articles L. 654-1 et suivants du Code de commerce. Elle ne peut être poursuivie qu'en cas d'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Une procédure de sauvegarde ou une simple difficulté financière ne suffisent pas. C'est une première vérification à faire : si aucune procédure de redressement ou de liquidation n'a été ouverte, la qualification de banqueroute ne peut pas être retenue, même si d'autres infractions restent envisageables.

    Elle vise les commerçants, artisans, agriculteurs, professionnels indépendants et les dirigeants, de droit ou de fait, des personnes morales. Cinq comportements sont incriminés :

    • avoir, dans l'intention d'éviter ou de retarder l'ouverture de la procédure, fait des achats en vue d'une revente au-dessous du cours ou employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
    • avoir détourné ou dissimulé tout ou partie de l'actif ;
    • avoir frauduleusement augmenté le passif ;
    • avoir tenu une comptabilité fictive, fait disparaître des documents comptables ou s'être abstenu de tenir une comptabilité obligatoire ;
    • avoir tenu une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière.

    Les situations les plus fréquentes au cabinet : véhicules ou stocks qui ont disparu avant la liquidation, sommes prélevées par le dirigeant dans les dernières semaines, transfert de la clientèle vers une nouvelle société, comptabilité non tenue depuis plusieurs exercices.

    Ce que l'accusation doit prouver

    Une procédure collective ouverte

    La banqueroute suppose un jugement d'ouverture de redressement ou de liquidation judiciaire. Les faits peuvent être antérieurs à ce jugement, notamment lorsqu'ils ont précipité la défaillance, ou postérieurs. La défense vérifie la chronologie exacte entre les faits reprochés, la date de cessation des paiements et le jugement.

    Un comportement précisément identifié

    L'accusation doit établir l'un des cinq comportements visés par la loi. Un détournement d'actif suppose qu'un bien de l'entreprise ait été soustrait au gage des créanciers. Un véhicule vendu à son juste prix, avec un paiement encaissé par la société, n'est pas un détournement. Un stock écoulé à bas prix pour payer les salaires ne relève pas toujours des moyens ruineux.

    Pour la comptabilité, la loi distingue l'absence de comptabilité ou la comptabilité fictive, d'une part, et la comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière, d'autre part. Le rôle de l'expert-comptable et les difficultés réelles de l'entreprise doivent être pris en compte.

    L'intention frauduleuse

    La banqueroute est un délit intentionnel. La mauvaise gestion, l'imprudence, l'optimisme excessif ou l'erreur d'appréciation ne sont pas punissables au pénal. L'accusation doit montrer que le dirigeant a voulu porter atteinte aux droits des créanciers ou retarder sciemment la procédure. Le simple fait d'avoir poursuivi l'activité en espérant un redressement, sans manœuvre, ne suffit pas à caractériser cette intention.

    Les peines encourues pour banqueroute

    Peines principales

    La banqueroute est punie de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Les peines sont portées à sept ans et 100 000 € pour les dirigeants d'un prestataire de services d'investissement.

    Peines complémentaires et sanctions civiles

    Le tribunal correctionnel peut prononcer des peines complémentaires : interdiction de diriger, gérer ou contrôler une entreprise, exclusion des marchés publics pour cinq ans au plus, interdiction d'émettre des chèques, privation de droits civiques, publication de la décision.

    Depuis une décision du Conseil constitutionnel de 2016, le juge pénal ne peut plus prononcer la faillite personnelle pour banqueroute. En revanche, le tribunal de la procédure collective peut, de son côté, prononcer une faillite personnelle, une interdiction de gérer, ou condamner le dirigeant à combler l'insuffisance d'actif. Les procédures pénale et civile doivent donc être menées de façon coordonnée, d'autant que les mêmes faits y sont souvent examinés à partir des mêmes rapports du liquidateur.

    La prescription est de six ans. Lorsque les faits sont antérieurs au jugement d'ouverture, elle ne court qu'à compter de ce jugement.

    Nos axes de défense en matière de banqueroute

    Distinguer la mauvaise gestion de la fraude

    C'est l'axe principal. La défense reconstitue la situation réelle de l'entreprise : difficultés du marché, perte d'un client majeur, retards de paiement, crise sectorielle. Elle montre que les décisions reprochées, même malheureuses, visaient à sauver l'activité et non à léser les créanciers.

    Justifier le sort de chaque actif

    Pour chaque bien prétendument détourné, la défense retrace ce qu'il est devenu : vendu, restitué au crédit-bailleur, repris par un créancier gagiste, hors d'usage. Les reproches du liquidateur reposent souvent sur un inventaire incomplet ou sur des biens qui n'appartenaient pas à la société. Les photos, les procès-verbaux de restitution et les échanges avec les acquéreurs sont alors précieux.

    Discuter la comptabilité et le rôle des tiers

    Une comptabilité incomplète peut s'expliquer par la défaillance d'un expert-comptable, la perte de documents lors d'un déménagement ou la saisie de l'ordinateur de l'entreprise. Ces éléments écartent l'intention frauduleuse ou relativisent la gravité des faits. Une comptabilité reconstituée a posteriori avec l'aide d'un professionnel peut aussi montrer que rien n'a été dissimulé aux créanciers.

    Coordonner pénal et civil

    Les déclarations faites au mandataire judiciaire, au tribunal de commerce et aux enquêteurs doivent être cohérentes. La défense coordonne les procédures pour éviter qu'une reconnaissance faite dans l'une ne soit utilisée dans l'autre. Le cabinet recherche aussi les vices de procédure dans l'enquête.

    Préparer la question de la peine

    Lorsque certains faits sont établis, la défense prépare le débat sur la peine. L'interdiction de gérer est souvent l'enjeu principal pour un entrepreneur qui veut rebondir. Elle peut être évitée, limitée dans sa durée ou cantonnée à certaines activités. Le parcours professionnel, les efforts faits pour sauver l'entreprise, le paiement des salariés et l'absence d'enrichissement personnel sont des arguments à documenter avec soin.

    Le déroulé de la procédure

    Du rapport du liquidateur à l'audition

    Les poursuites naissent souvent d'un rapport du mandataire judiciaire ou du liquidateur au procureur de la République. Les organes de la procédure collective peuvent aussi se constituer partie civile. Vous êtes ensuite convoqué en audition libre ou placé en garde à vue, souvent plusieurs mois ou années après la liquidation, ce qui rend d'autant plus précieux les documents conservés depuis la fermeture de l'entreprise.

    Du parquet au jugement

    L'affaire est le plus souvent renvoyée directement devant le tribunal correctionnel. Dans les dossiers complexes, une information judiciaire est ouverte et un juge d'instruction peut prononcer une mise en examen. Une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité peut parfois être négociée. Un appel reste possible après le jugement.

    Convoqué ou en garde à vue : que faire maintenant ?

    • Récupérez les documents comptables et les échanges avec votre expert-comptable.
    • Rassemblez les preuves du sort de chaque bien de l'entreprise : factures de vente, restitutions, contrats de crédit-bail.
    • Ne transférez aucun bien ni aucune somme liés à l'ancienne activité.
    • Ne répondez pas aux enquêteurs sans avoir préparé l'audition avec votre avocate.
    • Appelez le cabinet pour un premier point.

    Pourquoi confier votre défense au cabinet

    • Une avocate pénaliste qui plaide quotidiennement devant les juridictions correctionnelles.
    • Une lecture économique des dossiers, attentive à la réalité de la vie des entreprises.
    • Une défense coordonnée avec la procédure devant le tribunal de commerce.
    • Des honoraires fixés par convention avant toute intervention.
    • Un cabinet parisien, sur l'Île Saint-Louis, qui intervient aussi partout en France, au cabinet, par téléphone ou en visioconférence.

    Questions fréquentes

    Quelle est la peine pour banqueroute ?

    La banqueroute est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende. Le tribunal peut y ajouter des peines complémentaires, comme l'interdiction de gérer une entreprise ou l'exclusion des marchés publics. En pratique, la peine dépend de l'intention frauduleuse, des montants en jeu et du préjudice subi par les créanciers.

    Une liquidation judiciaire entraîne-t-elle forcément des poursuites ?

    Non. La très grande majorité des liquidations ne donne lieu à aucune poursuite pénale. La banqueroute suppose des agissements précis et intentionnels : détournement d'actif, comptabilité fictive ou absente, augmentation frauduleuse du passif, moyens ruineux. Une simple mauvaise gestion ne constitue pas une infraction pénale.

    Quelle différence entre banqueroute et abus de biens sociaux ?

    L'abus de biens sociaux sanctionne l'usage des biens d'une société contraire à son intérêt, à tout moment de sa vie. La banqueroute suppose l'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire et vise des agissements qui portent atteinte aux créanciers. Les deux qualifications peuvent être poursuivies ensemble pour des faits différents.

    Le juge pénal peut-il prononcer une faillite personnelle ?

    Non, plus depuis une décision du Conseil constitutionnel de 2016. Le tribunal correctionnel peut en revanche prononcer une interdiction de gérer au titre des peines complémentaires. La faillite personnelle reste possible devant le tribunal de la procédure collective, ce qui impose de coordonner les défenses pénale et civile.

    Quand la banqueroute est-elle prescrite ?

    Le délai de prescription est de six ans. Pour des faits commis avant le jugement d'ouverture du redressement ou de la liquidation, il ne commence à courir qu'à compter de ce jugement. Des faits anciens peuvent donc encore être poursuivis si la procédure collective a été ouverte récemment.

    Nos autres domaines d'intervention en droit pénal des affaires

    La banqueroute est souvent poursuivie avec l'abus de biens sociaux pour les faits commis avant la défaillance, ou avec l'abus de confiance dans les structures non commerciales. Retrouvez toutes les infractions sur la page droit pénal des affaires.

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    Maître Marilou Lepage, avocate pénaliste à Paris

    À propos de l'auteure

    Maître Marilou Lepage

    Avocate pénaliste au barreau de Paris

    Depuis son cabinet parisien, Maître Marilou Lepage défend les personnes mises en cause, de la garde à vue jusqu'aux audiences correctionnelles et d'assises, et en appel. Elle intervient régulièrement dans les médias sur les questions de justice pénale.

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    Avocate pénaliste à Paris